Confinenement N 2
- lauspez
- 4 nov. 2020
- 6 min de lecture
« plus rien ne sera comme avant »

J’ai commencé ce confinement avec un état groggy, c’est le mot qui m’est venue. Je suis allée chercher sa définition dans le Larousse (Se dit d'un boxeur très éprouvé par les coups de l'adversaire, mais encore debout. Familier : Qui est étourdi par un choc physique ou moral, ou par un excès de boisson.)
Il semble que rien ne change ou presque et pourtant c’est différent. Personnellement, cela ne change pas fondamentalement ma vie et celle de ceux que je connais mais quelque chose est différent.
Tout d’abord, un deuxième confinement n’est pas un second confinement, « ça veut donc dire qu’il pourra y en avoir d’autres ! ». Je vous laisse ci dessous le texte et le lien du billet de Daniel Morin à ce sujet sur France Inter. (L’humour et l’absurde sont mes antidotes à ce monde peu compréhensible avec les données du passé.)
La normalité n’est plus le monde de 2019, et me revient cette sensation de tristesse que j’avais eu fin Juillet en revenant sur Paris après quelques jours de vacances : « plus rien ne sera comme avant », je l’avais oublié avec cette rentrée où je/nous faisions comme si tout allait revenir presque comme avant. Je sais que ce sentiment de tristesse me signale que le nouveau est prêt à être dévoilé, et que des attachements me relie encore à ce qui meurt.
(cf Que révèle la tristesse : https://www.laurence-spezzatti.fr/post/2016/03/22/title-title-2)
Ensuite, ce confinement se conjugue avec des évènements qui s’enchainent sans répit comme :
des catastrophes naturelles (la tempête Alex sur la vallée de la Vésubie et de la Roya début octobre)
des plans sociaux (Bridgeston, Air France, Renault, Nokia, Auchan, …) et toutes les conséquences économiques liés à la situation sanitaire, par exemple des clients, qui décalent les interventions ou des conditions d’interventions, qui nécessitent des aménagements rocambolesques
des attentats terroristes perpétrés de façon violente, imprévisible et « caricaturale » (oui j’ose ce terme/jeu de mots).
Je suis rentrée chez moi vendredi avec une impression de colère, que j’ai senti dans la rue en marchant, tout en me demandant pourquoi ce commerce était ouvert et tel autre non, pourquoi tant de personnes dans les rues la veille du confinement, pourquoi continuer à croire ou faire croire que l’humain peut maitriser cette pandémie. Ceci nous montre comment tout est interconnecté et qu'il est difficile d'arrêter un pan de l'économie sans créer des situations inextricables. Je vous laisse ci dessous le texte et le lien du billet de Charline Vanhoenacker sur les produits essentiels sur France Inter.
Je me suis souvenue du parcours Gaia ce printemps avec le MIT et comment la violence, via la mort de Georges Floyd, s’était invitée dans ce programme, pour nous proposer de la regarder en face dans notre propre quotidien.
(Cf Notre ombre comme source de transformation :
Si on prend le temps de remonter cette colère et cette violence en lui ôtant tous les objets/ situations extérieures, qui nous semblent la justifier, on peut remonter à une colère et une violence ontologique, intrinsèque à toute l’humanité : la peur de la mort et de l’inconnu (incluant l’imprévisibilité et le non maitrise).
François Morel nous parle ce matin des confinements qui se suivent et se ressemblent... Mais se ressemblent-ils vraiment ?
https://www.franceinter.fr/emissions/le-billet-de-francois-morel/le-billet-de-francois-morel-30-octobre-2020
Je me souviens, le premier confinement, je ne l’avais pas mal pris. Il avait fait beau, on mangeait dehors. Je dinais à heure fixe, ça me changeait. Je réussissais à perdre du poids. J’écrivais. J’ai travaillé mais de manière différente. J’ai regardé des séries. Et puis surtout, j’ai profité de mes proches. Ce fut une parenthèse pas désagréable. Tous les soirs à 20h, comme tout le monde, j’applaudissais le personnel hospitalier. Je me disais que ce n’était pas si mal un pays qui, plutôt que son économie, privilégiait notamment la vie de ses vieux.
Le deuxième confinement, j’ai moins aimé. D’abord, plutôt que vers le printemps, on allait vers l’hiver. On était un peu démoralisé. On se demandait combien de temps ça allait durer, s’ils allaient bientôt réussir à trouver un vaccin. Le soir, à 20h, on n’applaudissait personne. C’est pas quand on met les radiateurs qu’on va ouvrir les fenêtres en grand.
Le troisième confinement, c’est là que l’explosion de la vente des chiens a explosé. C’était encore le meilleur moyen de justifier les promenades en forêt. Ceux qui n’avaient pas les moyens de s’acheter un chien s’achetaient juste une laisse. Quand ils croisaient des gendarmes, ils se mettaient à courir la laisse à la main en criant Sultan ! Sultan ! Reviens ! Reviens Sultan, reviens !
Le quatrième confinement, c’était l’anniversaire de la mort de Samuel Paty. Certains ont eu l’idée, (ça partait d’une bonne intention), d’applaudir tous les soirs à 20H les professeurs des écoles, des collèges, des lycées. Ça a fait des polémiques. Certains ont pensé que ça pouvait passer pour une provocation.
Le cinquième confinement, je ne m’en souviens plus trop. Je crois que j’ai commencé à boire le premier jour et je suis resté torché pendant les six semaines. Je buvais. Parfois, je vomissais pour faire de la place. Puis je rebuvais…
C’est surtout à partir du sixième confinement que j’ai repris du poids.
Je me souviens que entre le septième et le huitième confinement, je ne suis même pas sorti de chez moi, j’avais perdu l’habitude.
Pendant le neuvième confinement, en ouvrant la fenêtre, j’ai le voisin d’en face qui travaille dans le BTP qui m’a crié « Vu votre nouvelle silhouette, vous devriez peut-être faire élargir vos portes au cas où vous auriez envie de ressortir de chez vous entre les deux prochains confinements. « De quoi je m’occupe ? » j’ai répondu en refermant la fenêtre.
Le dix-septième confinement, je me souviens, on a regardé plein de films, des vieux trucs, des comédies sentimentales. Les enfants étaient quand même étonnés, ils ne comprenaient pas quand ça finissait bien, pourquoi le monsieur et la dame, se sentaient obligés de se frotter la bouche l’une contre l’autre, parfois même de sortir la langue en guise de contentement ? « C’est dégueulasse, ils disaient, c’est pas hygiénique et puis ça sert à rien… »
On ne leur répondait pas trop, on avait peur de passer pour des parias, on avait de la nostalgie…
Voilà. J’arrive bientôt à mon vingt-troisième confinement. D’une certaine manière, ça passe vite la vie confinée quand on est dans la torpeur.
Pour les jeunes, on est des dinosaures. Ils nous demandent « Mais avant quand ça n’existait pas les confinements, qu’est-ce que vous pouviez bien faire toute la journée à traîner dehors ? Et pourquoi vous étiez obligés d’être en présentiel pour prendre un apéro avec des potes alors qu’avec Zoom c’est tellement plus pratique ?»
On fait comme si on n’entend pas.
On attend la nuit pour pouvoir faire des rêves de baisers, de poignées de mains, d'étreintes, de terrasses, de cinémas, de théâtres. Nos rêves d’aujourd’hui, c’était le quotidien d’hier.
La complainte des produits essentiels
Autrefois pour faire ses courses
On n'avait pas les j'tons
On avait pas de limite d’heure
Pas d'attestation
Maintenant, c'est plus pareil
Ça change, ça change
Pour acheter ce que l’on mange
On lui glisse à l'oreille
Ah, Gudule
Je vais au supermarché
Et je t’achèterai
Un frigidaire, une…
- Stop ! Non pas un frigidaire ! C’est pas essentiel un frigidaire !
- Ah ouais et comment je garde mes produits essentiels au frais moi alors ?
- Tu les mets sur le balcon on est en novembre !
- Mais non c’est essentiel un frigidaire !
- Bon ok si tu y tiens…
Un frigidaire
Et des haricots verts
Des pommes de terre
Et un livre de cuisine
- Non, les bouquins c’est pas possible on a dit !
- Mais pourquoi ?!!!
- C’est comme ça, les bouquins tu peux t’en passer !
- Même les livres pour apprendre à cuisiner les produits essentiels ?
- Oui ! T'as qu'à lire un vieux Télé 7 jours qui traîne chez toi, ils publient aussi des recettes. On reprend !
Un frigidaire
Et des haricots verts
Des pommes de terre
Une bouteille de Pernot (Voilà !)
Du fard à paupières
- NON, le Pernot ça passe, mais PAS du FARD A PAUPIÈRES
- Ah bon pourquoi ?
- Le maquillage c’est pas considéré comme produit d’hygiène. Toute façon la vie elle est pourrie, ça sert à rien d’essayer de l’embellir ! Allez…
Un pack de bière
Un morceau de gruyère
Un paquet d'cigarettes
Et pour ma fillette :
Une dînette
- Tout ce qui est jouets, c’est pas possible désolé
- Mais comment ça ?
- Non, tous les rayons sont fermés… C’est Castex qui l’a annoncé
- C’est pas Darmanin qui s’occupe des rayons ?
- Si, mais les rayons alimentaires… lui il veut interdire des produits essentiels mais communautaires… Allez, on reprend…
Des lingettes
Qui désinfecte ma fillette
Histoire d’avoir moins peur
Quand elle rentre du cluster
Une carabine
- Oulà oulà attend un peu… ! Tu as ton permis de chasse au moins ?
- Bien entendu !
- Ah alors ça passe ! Allez…
Une carabine
Et de la brioche
Des œufs et de la farine
Et des rouleaux de PQ
Et des rouleaux de PQ (oui on a compris)
Et des rouleaux de PQ (OK C’EST BON)
- Pardon, j’ai buggé… j’suis au bout… du rouleau…

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